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Sorte de journal de bord qui peut aborder tous les sujets qui font écho à mes préoccupations ou occupations du moment.

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LE BANC

La journée avait été rude : six heures de cours et une heure et demie de travaux pratiques. Maurice sortit de la faculté complètement vidé. Il n'avait qu'un désir, rentrer dans son studio et dormir. Mais quand il passa devant la grille du parc, il aperçut un banc sur lequel il s'affala recru de fatigue. Le galbe du banc épousait la forme de son corps, il étira et étendit les jambes, posa la tête sur le dossier et s'assoupit.

Il fut réveillé par un léger ébranlement du banc. Il entrouvrît les yeux : une jeune femme était assise à ses côtés. Il l'examina à la dérobée. Il ne percevait que son profil et son ample chevelure rousse. Elle ouvrit son sac à main et en retira un minuscule miroir, un tube de rouge à lèvre et entreprit de se maquiller en faisant la moue et en projetant les lèvres en avant pour égaliser le rouge. Puis elle remit ses accessoires dans son sac.

Elle se tourna alors vers Maurice et dit : "Il fait un temps superbe, vous ne trouvez pas" ?

Maurice ne répondit rien et garda les yeux fermés, ce qui ne troubla pas le moins du monde l'inconnue qui continua son monologue.

- J'adore le soleil, pas vous ? Dès que je peux, et si mes moyens me le permettent, je vais sous les tropiques. Cette année j'ai été à Ceylan. Vous connaissez ?

Maurice murmura un oui à peine audible.

- C'est un pays magnifique, surtout les plantations de thé, et les plages sont splendides, mais je n'ai pas besoin de vous faire un dessin puisque vous connaissez. Vous pouvez constater que j'ai encore un beau bronzage.

Elle releva sa jupe et découvrit ses cuisses.

- Elles sont pas mal hein ?

Maurice abaissa les yeux. C'est vrai qu'elle avait de jolies cuisses...

- oui, articula-t-il dans un souffle.

- Mais on ne faisait pas que de la plage, continua-t-elle. Avec ma copine Edmonde - c'est un peu démodé comme prénom hein ? - on allait en boite presque tous les soirs. J'espérais faire des connaissances avec des gens du pays mais il n'y avait que des touristes allemands ou suédois qui ne pensaient qu'à draguer et à coucher. Edmonde, elle, c'est une couche-facile, moi je suis du genre romantique; j'aime qu'on me fasse la cour, qu'on m'offre des fleurs, qu'on me dise des mots doux, tout le saint frusquin quoi ! Vous ne paraissez pas dragueur vous ?
Maurice ne répondit pas.

- Non, vous n'avez pas le genre, à moins que je ne vous plaise pas ? C'est ça, je ne vous plais pas ! Ne croyez pas que je vous fais du gringue, mais ça m'aurait fait plaisir d'être courtisée par un monsieur bien comme vous. On n'est pas du même monde, ça se voit ! Vous êtes bien habillé, vous avez les mains blanches et les ongles qui ne sont pas en deuil !

Elle se leva précipitamment et s'écria :

- Oh là là, je vais être en retard, il faut que j'y aille ! Au revoir !

Et elle partit en courant.

Maurice la suivit des yeux et pensa : elle a quand même un beau cul !

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